Archives de catégorie : Paroles de Citoyens

L’arbre dans la ville

La mairie de Rodez a entrepris de grands projets de rénovation du centre-ville. A partir du mois de juin 2019, la Place de la Cité sera entièrement refondée, notamment par un tapis de pierre d’un seul tenant. Les travaux risquent cependant d’abîmer les douze tilleuls couvrant cette place et leur système racinaire. Ils seront donc détruits pour être remplacés. Il s’agit pourtant de la dernière place publique ombragée du centre-ville de Rodez. Pourquoi les arbres semblent-ils si souvent les ennemis des municipalités ?

Le maire de Rodez se prend pour un bûcheron.

Nous comprenons fort bien le besoin impétueux du maire de refaire le centre-ville à un an des élections municipales, c’est une figure imposée pour qui veut se faire réélire. Mais couper des (grands) arbres pour en replanter (de petits), est-ce une illustration méticuleuse de notre société libérale qui détruit pour continuer à consommer (à l’instar des produits en obsolescence programmée, des dates de péremption sous-estimées ou des objets jetables…) ou une ignorance complète des avantages d’une ville végétalisée ? Vous pensez que l’on exagère ? La variété d’arbres proposée en remplacement des tilleuls, d’après le projet consulté en mairie, est le Sophora Japonica. Sa taille adulte sera atteinte entre quinze ou vingt ans (moment où l’on peut espérer un ombrage similaire à aujourd’hui), date à laquelle il faudra refaire les travaux de la Place de la Cité, puisque la plantation de Sophora Japonica est déconseillée à proximité des surfaces minéralisées à cause de ses puissantes racines.* Un nouveau cycle de rénovation-abattage-replantage démarrera alors.

L’arbre est pourtant l’emblème le plus visible de la nature urbaine. A l’heure des débats pour s’adapter aux bouleversements climatiques, la place de la nature en ville a un rôle plus concret qu’une simple ornementation malléable selon le goût esthétique des équipes municipales de passage.

L’arbre est un puits de carbone. Il peut absorber cent-vingt kilos de CO2 durant sa vie. Il fixe les particules fines, vingt kilos par an qui n’iront pas dans les poumons des citadins. C’est également un climatiseur. Il fait varier l’humidité autour de lui par processus d’évaporation. Il réfléchit ou absorbe les rayons lumineux et permet d’éviter ainsi les îlots de chaleur. En hiver l’arbre sert de paravent et diminue l’impact des vents froids. Ces qualités se mesurent dans les dépenses d’énergie des habitations construites à proximité d’arbres. La facture d’électricité liée à la climatisation peut baisser de 15 % en été, les factures de chauffage en hivers peuvent baisser de 10 %. **

Au delà des aspects économiques, l’arbre urbain possède d’autres vertus. C’est d’abord un abri pour la faune urbaine. La verdure, le chant des oiseaux, la présence des flâneurs recherchant l’ombre et la tranquillité font également baisser l’anxiété des citadins. Les études sur la santé physique et morale des habitants de quartiers dotés d’espaces verts remarquent toutes des apports bénéfiques loin d’être anecdotiques.*** Un citadin moins stressé est moins agressif, et un citadin moins agressif contribue à la pacification sociale de son quartier, à la baisse du sentiment d’insécurité.

Il est donc idiot d’abattre des arbres dans nos villes. L’équation que ne manquera pas d’avancer la mairie est idiote aussi : pour un arbre coupé un arbre serait replanté, si ce dernier tient plus du bonzaï, l’équilibre est faussé. Nous ne remettons pas en cause le besoin de rénovation de la Place de la Cité, elle aurait dû se faire même s’il n’y avait pas eu d’échéances électorales. Mais les solutions pour protéger des arbres lors de travaux existent et semblent même plus économiques que de replanter. ****

C’est donc aux citoyens de s’approprier les arbres de leur ville. Toutes les municipalités dirigées par un maire ou une mairesse aux sensibilités de bûcheron industriel ont connu pareille dévastation. Les habitants de la Place du Tertre à Paris ou ceux de la Place de Lenche à Marseille en 2013 ont impulsé des mobilisations populaires pour défendre leurs arbres urbains. Les arbres ont été abattu- sous protection de la police – mais les élus locaux en ont payé le prix électoral. Au-delà de la lutte sociale, l’arbre et la nature urbaine sont sources de lien social. Sans être considéré comme un esprit animiste auquel on confit ses vœux comme en Asie du Sud-est (arbres à vœux), le potentiel de créativité autour de l’arbre est grand. Le Yarn Bombing avait fait son apparition à Rodez il y a quelques années. Les habitants végétalisent eux-mêmes leurs rues. C’est notamment le cas au Quartier des Embergues qui jouxte la Place de la Cité : du lierre et des roses trémières y sont plantés dans la rue. L’asso de quartier gère des jardinières partagées. Ailleurs en France, des étudiants lassés des politiques du tout-béton, conçoivent des mobiliers urbains qui valorisent et protègent les arbres des villes et renforcent les liens sociaux d’un quartier. C’est le cas du « cocon » à Grenoble : un banc circulaire et à étage enveloppant l’arbre et invitant le passant à s’arrêter et s’asseoir.*****

Ainsi la Mairie de Rodez fera les travaux qu’elle a décidé de faire. Les tilleuls seront abattus préventivement. Malgré les nombreuses qualités d’une ville végétalisée, c’est encore une gestion héritée des villes du XXème siècle qui prédomine à Rodez. Les zones boisées en ville ont toujours eu l’air suspect aux yeux des bourgeois. Ces zones non rentables à court terme offrant des loisirs gratuits aux classes populaires sont source d’une passivité quasi subversive. Bref, ce n’est pas très start-up nation. De toute façon, les comptes-rendus du comité de quartier que l’on peut trouver sur le site de la mairie ne disent pas si les habitants ont approuvé ou non ces travaux. C’est donc à nous de transformer nos quartiers, notre ville, les possibilités ne manquent pas, avec un peu d’audace, d’originalité… et de démocratie.

Guillaume HALB

Commentaire :

Ce sujet a été abordé à une réunion de quartier en présence du maire, le 12 juin dernier. Les services techniques de la ville assurent que les arbres de remplacement seront plantés à leurs tailles adultes, c’est-à-dire huit mètres, et leurs racines seront contenues par un système de fosses. La place de la Cité passerait de douze à quatorze arbres. Nous en prenons acte. On aurait pu cependant imaginer que l’investissement dans les nouveaux arbres aient profité à d’autres places de la ville qui ont cruellement besoin d’ombre, mais les tilleuls sont condamnés sans appel possible.

* fiche technique de l’arbre trouvé sur le site Rustica https://www.rustica.fr/tv/sophora-japon-sophora-japonica,5455.html consulté le 10 juin 2016

** l’étude a été fait par des chercheurs de l’Université de Colombie Britanique, elle est citée dans cette vidéo https://www.youtube.com/watch?v=NAo2syms2Gk

*** enquête menée par exemple par l’Institut nationale de santé du Québec https://www.inspq.qc.ca/pdf/publications/1274_EspacesVertsUrbainsSante.pdf

**** https://www.arbre-patrimoine.fr/amenagements-paysagers/protection-arbres-avant-travaux/

***** http://www.notredame-grenoble.org/medias/files/panneau-rue-barnave.pdf

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LA CARAVANE DANS LES QUARTIERS : MAINTENANT, A BOURRAN !

Fidèle à ses engagements, le Collectif Citoyen du Grand Rodez poursuit sa découverte des quartiers de la Ville, à l’écoute de la parole des habitants.

Après St Eloi, le Faubourg puis Gourgan, vous pourrez nous rencontrer sur le mail, devant l’école ou autour de la caravane, le jeudi 6 Juin de 8h30 à 18h.                                                                                             

Venez partager avec nous votre ressenti du quartier, ses atouts, ses manques, ce que vous aimeriez y changer… votre avis nous intéresse.

Vous pouvez également vous exprimer sur notre site (en commentaire de cet article).

 

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Grand débat national

Restitution du Grand Débat du 5 février 2019 sur le sujet : « Comment faire vivre la démocratie participative ?
Quelle implication citoyenne ? » 

Merci aux cinquante personnes qui ont participé au Grand débat organisé par le Collectif Citoyen du Grand Rodez.
Vous trouverez ci-après un compte rendu dans un style «télégraphique » des diverses interventions qui ont aussi porté sur la démocratie représentative, celle qui est pratiquée au quotidien. Pardon si nous avons mal retransmis vos idées. Vous pouvez affiner en laissant un commentaire.
Que vous ayez participé à cette soirée ou non, nous vous encourageons à faire des commentaires pour continuer le débat qui, en une soirée, n’a pu être qu’ébauché.

Compte rendu débat : démocratie et citoyenneté le mardi 5 février 2019

–  Accueil par le collectif citoyen du grand Rodez
– Présentation du déroulé de la soirée
– Présentation et petit historique de la démocratie directe par le collectif Athénée Emile Pouget.
– Extrait d’un film sur l’expérience de démocratie participative exercée par la municipalité de Saillans dans la Drôme.

Débat :
– Le film sur Saillans date de plus de 2 ans, ne se sont-ils pas usés ?
– Oui la démocratie participative demande beaucoup de temps et d’implication. Peut-être certains se sont usés mais ils continuent tout de même. Certains même font des interventions dans des villes pour parler de leur expérience.
– Question sur la différence entre démocratie directe et démocratie participative : la démocratie directe se passe d’élus,
la démocratie participative garde les élus mais implique les citoyens.
– Retour sur le fonctionnement du conseil municipal de Saillans.
– Remarques sur les problèmes de non représentativité des élus, et du problème des lobbies dans la démocratie actuelle.
– Peut-être les citoyens ne s’investissent ils pas assez, ne prennent pas à bras le corps leur rôle de citoyen ?
– Problème de la politique de carrière, des élus corrompus par les lobbies notamment financiers. La corruption s’installe aussi avec les années de cumul du même mandat. Heureusement, existent des associations telles Anti-cor et autre ONG. La rétribution des élus entraîne le carriérisme.
Statut de l’élu toujours pas résolu : les élus devraient être des salariés des citoyens. A partir de là, il faut avoir les moyens pour que leurs dépenses soient contrôlées et justifiées et pour savoir ce qu’ils font . Ils ne sont pas « tous pourris » mais il y a eu trop de déviances. Une solution par rapport à cela : le non cumul des mandats dans le temps et de plusieurs mandats en même temps.
Assemblée nationale pas à l’image de la société : peu de représentativité des différents métiers à l’assemblée nationale par exemple. Pourquoi pas retour des parlementaires dans l’ entreprise où ils travaillaient avant d’être élus tous les 6 mois quelques jours ?
Idée de jours de disponibilité pour que des citoyens puissent régulièrement s’investir et se former en politique ?
– Problème de la grande inégalité entre les citoyens et les représentants politiques à la retraite.  Les citoyens peuvent travailler pour avoir des compléments à condition qu’il ne dépasse pas certains seuils alors que les représentants de l’état et de ses organismes consultatifs peuvent travailler sans limite et cumuler toutes sortes de revenus et de retraites.
– Nature du mandat représentatif : sont censés représenter ceux qui les ont élus : comment surveiller ça ? Comment faire pour que ce ne soit pas un chèque en blanc pour un certain nombre
d’années ? Surtout que les gens changent, peuvent voter un jour pour quelque chose et changer d’idée … Exemple avec le Brexit. Comment envisager le rôle des élus pour respecter la volonté du peuple ?
– Dans de nombreux pays il y a un « check and balance » : bonne chose pour restaurer la confiance entre citoyens et politiques. Par exemple en Angleterre tout est transparent, vérifiable. Autre exemple dans les pays nordiques les élus paient tout. Leurs loyers, leurs voitures, leurs déplacements… Ils ont une vie identique à tout citoyen . En France, les élus sont trop coupés de la réalité. Dans les pays anglo-saxons, on vérifie et on équilibre les pouvoirs. Pas de chèque en blanc.
– Problème également du très faible pourcentage lors d’élections : quand on regarde de près, certains ne sont élus parfois qu’avec 10% des inscrits et généralement avec moins de 50 % des votants : c’est une grande dérive de notre démocratie. Avec la démocratie participative les citoyens peuvent contrôler les élus. Cela réduit donc le problème du chèque en blanc de la démocratie représentative. Les citoyens doivent avoir le contrôle sur les élus.
– Discussion autour du mandat impératif ou non du député. Un député devrait voter au nom de ses électeurs alors qu’il vote comme son groupe.
– La création d’un statut de l’élu n’est pas suffisant, il faut changer la constitution. On peut imaginer des possibilités «d’empêchements» et de contrôle à mi mandat. Dans certains pays, il y a un examen de passage à mi-mandat. Cela existe, c’est possible. Chez nous ce n’est pas possible. Sinon comment faire revenir les citoyens vers les urnes ?
-Comment accepter que des choses si importantes soient votées avec si peu de députés présents ? Les députés se débarrassent ainsi de leur responsabilité. Ils devraient être astreints à une présence pour le vote. Ou il faudrait instaurer un quota au dessous duquel la loi ne pourrait être votée.
La démocratie est plus facile à l’échelle locale. L’attrait de la démocratie directe c’est l’échelle locale. Donc peut-être pour remotiver les gens à voter les impliquer déjà dans leur quartier avec des comités réellement souverains ? Un pouvoir local ? Un rôle local ? Réinvestir l’espace public ?
– Témoignage d’un monsieur qui est allé rencontrer la municipalité de Saillans. Seule commune à n’avoir jamais reconduit un maire sortant depuis la libération. Ils n’ont pas fait une campagne participative : ça a été mis en marche pour lutter contre une implantation de supermarché et à l’arrivée, ils se sont présentés et ont été élus. Le conseil municipal fonctionne comme tous les conseils municipaux de France dans la phase finale des délibérations car c’est encadré mais, en revanche, tout a été élaboré et discuté en amont avec les citoyens intéressés.
Le désintérêt des citoyens pour la politique ne vient-il pas aussi du fait que lorsqu’il y a un vote municipal par exemple des citoyens votent pour la majorité mais quid des citoyens qui auront voté pour l’opposition… ? Et cette opposition perd absolument tout droit à la parole dès le lendemain des élections. Par exemple, dans le journal de la ville : l’opposition ne peut s’y exprimer librement (nombres de signes très limités pas facile pour exprimer des opinions). S’ils pouvaient continuer à s’exprimer ça obligerait toutes les oppositions à continuer à travailler. Et chaque citoyen serait encore représenté. Il y a aussi le manque de moyens matériels et financiers de l’opposition qui n’est pas normal .
Pour qu’une démocratie vive, elle doit s’inscrire dans un périmètre de vie que chacun s’est approprié. La démocratie participative puise dans la démocratie directe pour donner plus de crédibilité à la démocratie représentative.
Comment redonner envie aux gens ? C’est une question de confiance : avoir confiance dans les citoyens qui ont élus leur représentant. Revenir régulièrement en face d’eux afin qu’ils jugent le travail fait. Leur faire confiance aussi dans leur vécu et dans leur expertise. Le problème c’est que cette confiance nécessite du temps (de travail commun) alors que nos politiques aujourd’hui sont dans la surenchère et l’immédiateté ; en plus, ils estiment que comme ils sont élus ils font ce qu’ils veulent. Ils pensent que les citoyens ne savent rien.
La démocratie participative est quelque chose qui s’accompagne pour permettre l’engagement des habitants. Le réflexe démocratie participative est à cheminer, à tenter et devrait être une priorité pour une gestion communale, locale.
Exemple du conseil municipal de Rodez : tout est déjà bouclé, aucun débat n’est possible. Pourtant un élu d’opposition a autant de légitimité et devrait pouvoir travailler en amont des décisions. Il faudrait pouvoir débattre en amont.
Dans 80% certainement des conseils municipaux en France les oppositions sont exclues des débat d’avant conseil… Gros dysfonctionnement de la démocratie représentative.
– Constat d’un vrai ras le bol du système et de la corruption des élus et qu’il faut changer la Constitution. Constitution faite en 1958, par des élites qui veulent se protéger. Le peuple devrait exercer un vrai pouvoir.
– Je ne pense pas qu’il y ait corruption de façon habituelle mais des excès de pouvoir si, c’est également un gros problème. Le système est mauvais. Le pouvoir des maires est trop fort ( de tous les chefs d’exécutif). Une seule personne( l’être humain est faible face à trop de pouvoir) ne peut pas tout décider seule, il faut des garde fous, des contre pouvoirs qui permettraient d’éviter les excès de pouvoir…Le plus souvent, un maire décide seul, et de tout, divise les adjoints, a une cour qui le coupe des réalités. Si un groupe décide de travailler différemment, de façon collégiale entre autre, alors ça oblige tout le monde ; si on s’engage on peut changer les choses mais la loi ne le prévoit pas.
– Constat que la démocratie représentative est boudée. Dans l’actualité un mouvement se revendique de la démocratie : les gilets jaunes se posent des questions, boudent les élus mais mettent en place une espèce d’Agora. Le mouvement des gilets jaunes montre un vrai intérêt de la politique, un vrai intérêt de l’implication dans la politique.
-Exemple d’un élu en conseil d’Agglo. Il a reçu un dossier de 850 pages à bosser en 4 jours. Donc absolument impossible pour un élu d’opposition ( et de la majorité) de faire son travail : grande faille de notre système ! Il faut vraiment s’interroger sur ce qui poussent les citoyens à s’abstenir dans toutes les élections et de façon croissante, c’est un signe de maladie de la démocratie.

Autres questions sur post it :
–  Mobilité et transition écologique ?
–  Place du citoyen : droits et devoirs du citoyen ?
– Place de l’élu : droits et devoirs de l’élu ?
– Comités de quartier : pour quoi faire ? Quelle politique de la ville derrière cette notion ?

Fin du débat à 22h10.

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A la rencontre du quartier de Saint-Eloi

Nous publions, avec un grand retard, le bilan de ces rencontres datant de septembre 2015.
Depuis, ce quartier connaît de nombreuses mutations. Il serait donc opportun d’en actualiser “la photographie”. Nous invitons, par conséquent, les habitants de Saint-Eloi à s’exprimer à la suite de cet article sur les changements réalisés ou à venir.

Notre démarche, nos engagements

Quand l’association « Collectif citoyen du Grand Rodez » a décidé de présenter une liste aux élections municipales elle a pris des engagements :

  • Être à l’écoute des habitants  pour favoriser leur prise de responsabilité dans les projets qui les concernent en allant à leur rencontre dans leur quartier ;
  • Partager avec les habitants et les acteurs du quartier (services, associations, commerçants..) des informations pour s’approprier des connaissances.    
  • Permettre aux élus de la liste « Rodez Citoyen » de tenir des positions au Conseil Municipal et à la Communauté d’Agglomération qui prennent en compte le vécu, les analyses et les propositions des habitants ;
  • Permettre au Collectif citoyen de mener des actions, prendre des positions publiques si nécessaire pour soutenir et faire avancer des projets portés par les habitants .

Les rencontres : Au printemps, autour de la caravane, une dizaine de  membres du  Collectif ont réalisé  des interviews des habitants, commerçants, associations et professionnels engagés sur le quartier. Nous avons reçu un accueil très positif . Tous ont exprimé leur intérêt pour notre démarche d’aller vers eux et de les écouter. Nous avons perçu un grand besoin de reconnaissance.     

Qu’avons nous retenu  de ces rencontres ?

Le soin apporté au maintien de la vie sociale

Le quartier est composé de deux entités principales : St Eloi et Ramadier qui se différencient par le type de population et l’habitat. Il n’y a pas vraiment de centre, c’est l’école et le centre social qui font le lien
Les réseaux d’entraide sont actifs pour les résidents qui sont là depuis de nombreuses années, il y a plus de difficulté pour les nouveaux arrivants dont certains se vivent « en transit .
La présence d’ un certain nombre de femmes seules avec enfants, la recherche d’emploi, une certaine  précarité financière, la cohabitation de personnes avec des cultures très différentes constituent des fragilités. Caractérisé par le multiculturalisme, il y a quelques années il était principalement habité par des personnes venant de France et des pays du Maghreb. Aujourd’hui il y a plus de 25 nationalités différentes (France, Maghreb, Afrique Noire, Pays de l’Est….) 
Bien que l’intégration ne paraisse pas compromise, le maintien du lien social nécessite une vigilance constante et la présence dans le quartier de professionnels, de services, d’associations qui agissent ensemble L’AVSQ (Animation Vie Sociale de Quartier) est un  groupe opérationnel où participent : CAF (Centre social) Mairie (espace jeunes) Conseil Départemental (services sociaux) Office HLM, Ecole, Régie de territoire, Rodez Agglo. Il  organise des campagnes à thème à partir des besoins de la population, des « cafés parents » pour le soutien éducatif …

Sont des acteurs incontournables de la vie sociale du quartier :

Le Centre Social CAF : présent depuis 1989, il organise des activités d’animation et de socialisation en soutien à la parentalité (accueil de loisirs des enfants, groupes d’économie sociale et familiale, accompagnement scolaire, apprentissage du français, sorties ou activités familles)
L’association Delta : c’est, en collaboration avec le centre social et le service jeunesse de la mairie, la cheville ouvrière de l’animation du quartier (manifestations festives chaque mois)
Le service départemental d’incendie et de secours : bien intégré dans le quartier, il participe aux animations, à la prévention et à l’éducation des enfants.

Habitants et professionnels proposent :
*Maintien et développement des activités du centre social : animations et activités de socialisation sont fondamentales pour avoir un minimum de cohésion sociale et d’intégration. Développer le travail de concertation dans l’AVSQ. Soutenir les associations et services en charge de l’animation.
Garder les équipements de proximité : le terrain de boules, le terrain de foot, l’esplanade et les espaces verts « oxygéne du quartier »

Des réponses contrastées aux besoins des enfants et des familles

Pas de multi accueil :  Besoin fréquemment exprimé par les parents d’une garderie pour leur permettre  d’avoir des activités professionnelles, de faire leurs démarches administratives, de passer le permis de conduire… Dans ce contexte, l’école assume au maximum l’accueil des enfants de 2 ans. C’est une charge supplémentaire pour elle : ces accueils, non prévus dans les effectifs officiels, ne donnent pas droit à davantage de postes.
L’école :lieu d’apprentissage, mais aussi d’intégration et de socialisation, elle joue un rôle très important dans la vie du quartier. Vu le contexte social et culturel, il faut des relations très individualisées avec chaque enfant et chaque parent aussi bien pour les enseignants que pour les ATSEM et les personnels de cantine.
La classe Cham est plébiscitée : pour faire de la musique ensemble, les enfants doivent apprendre à s’écouter C’est une discipline qui permet d’améliorer les résultats en classe et qui apprend à vivre ensemble.
Les parents d’élèves : insistent sur la nécessité de maintenir autour de leurs enfants du personnel stable et bien formé pour éviter les débordements.
Le Centre de loisirs CAF : Il accueille des enfants du quartier de 6 à 12 ans. Il est plébiscité par les habitants qui regrettent cependant qu’il n’y ait pas plus de places et plus de temps d’ouverture.
Fidéliser la fréquentation suppose de la part des professionnels une bonne implantation dans le quartier, un important travail de réseau, un suivi de proximité, des aides spécifiques.
Les espaces de jeux : des jeux d’extérieur pour les petits très fréquentés, mais les parents regrettent la pauvreté des équipements, le manque de sécurisation et l’absence de jeux pour les plus grands.
L’accès du toit du centre social est facile et sans protection. Les enfants y montent régulièrement et peuvent se mettre en danger. Il faut aussi sécuriser le terrain le long du boulevard.

Habitants et professionnels proposent :
*Veiller aux conditions de sécurité des enfants : le toit du Centre social, les jeux, les cours de l’école, le terrain le long du boulevard et le carrefour… *Restaurer et développer les équipements de jeux, particulièrement à Ramadier.
*Veiller à la formation et à la stabilité du personnel autour des enfants

Une jeunesse à accompagner

Les jeunes sont nombreux sur Saint Eloi.
Pour certains jeunes adultes, l’équilibre est fragile notamment en raison des problèmes d’emploi. Un petit nombre a recours à des pratiques illicites (alcool, drogue, trafic). Malgré les sanctions par les services de justice, il y a encore des récidives.
Certains jeunes se réclament de la religion musulmane pour affirmer leur différence, besoin qui les conduit à rejeter les modèles tant parentaux qu’institutionnels, et peut les rendre perméables au prosélytisme..Le dialogue dans certaines familles est devenu plus difficile.
Afin que ce phénomène ne se répercute pas sur les plus jeunes, des actions de prévention sont à développer.
L’animation de loisirs est assurée par 2 animateurs jeunesse de la mairie et l’association Delta, avec le soutien de l’agent de développement social des quartiers de la CAF pour les jeunes adultes.
Elle fonctionne bien pour les 12/14 ans, notamment pour les garçons (les filles ne trouvent pas toujours leur place auprès d’eux) Mais les jeunes de 14/17ans sont plus difficilement accessibles.
Les activités pour les 18/25 ans ont dû être suspendues par Delta car il y avait trop de tensions et des vols malgré une bonne collaboration avec la police, les pompiers et la mosquée pour le travail de prévention.
Au vu des besoins, parents et professionnels expriment la nécessité d’aller au-delà de l’animation culturelle et de proposer un travail éducatif plus approfondi.

Propositions des habitants et des professionnels :
*Soutenir des initiatives d’insertion professionnelle *Augmenter la présence des adultes auprès des jeunes *Développer des actions éducatives de prévention, et le soutien scolaire des collégiens

Des problèmes de vie quotidienne

Logement : si les habitants des PLR semblent plutôt satisfaits, à Ramadier de nombreuses personnes soulèvent le problème de l’isolation phonique entre les appartements, la nécessité de travaux d’entretien et de rénovation (fenêtres, portes, électricité, fissures, ascenseur).
Les loyers sont reconnus peu chers, de ce fait des personnes handicapées et des personnes âgées restent dans ces logements malgré les difficultés pour elles de sortir (étages, ascenseurs parfois en panne).
Mais très peu souhaiteraient changer : « ici, c’est chez nous ; c’est comme une île “.
Incivilités : dans les immeubles, des détritus et des excréments d’animaux dans les escaliers et les ascenseurs, des  poubelles laissées dans les entrées, des papiers et mégots dans les escaliers, des feux de poubelles, de la musique tard dans la nuit…  plusieurs personnes expriment leur besoin de plus de respect entre les habitants, et voudraient que les agents de l’office HLM soient plus présents.
Circulation :le quartier n’a pas d’unité car il est traversé par 3 grandes voies circulantes (Bd Paul Ramadier et Av de Bordeaux, la rocade) qui sont très fréquentées. La dangerosité liée à la circulation est signalée par toutes les personnes rencontrées d’autant plus qu’un certain nombre d’automobilistes ne respectent pas les limitations de vitesse, les passages piétons et parfois même les feux. Ceci renforce le sentiment d’isolement des habitants et l’insécurité par rapport aux déplacements notamment des enfants                                                                                                               Déplacements :le service de bus est largement plébiscité pour la facilité des déplacements et le prix. Certains horaires devraient être modifiés notamment pour les collégiens le matin et la fréquence augmentée à certaines heures, en raison de la surcharge. Comme de nombreuses personnes n’ont pas de voiture, il y a une demande de passage de bus pour se rendre à Vabre et à Layoule principalement le week-end.
Eloignement des commerces et des services : certains regrettent le manque de diversité, l’absence de DAB, de tabac/presse. Le manque de médecin est un problème surtout pour les personnes à mobilité réduite.Le Faubourg est surtout fréquenté pour les services (poste, banque, santé) peu pour le marché et Ia supérette. Les courses se font en grande  majorité à Lidl, au Grand Leclerc et à Géant Casino.

Impression générale

La majorité des habitants rencontrés exprime sa satisfaction d’habiter le quartier malgré les fragilités soulevées. La qualité de vie est plutôt satisfaisante, le quartier est considéré comme calme.
Il faut noter que des personnes ont connu des situations très précaires (guerres, réfugiés politiques ou économiques, pauvreté, quartiers difficiles de grande villes..) qui leur font apprécier leur nouveau cadre. « Ici au moins j’ai un toit ».
D’autres, notamment les plus anciens, ont le sentiment que leur quartier est « le parent pauvre de la ville » : exemples l’absence de réponse pour l’espace jeux à sécuriser, l’absence de décorations pour Noël, la disparition d’équipements et services : médecin, cabinet dentaire qui va fermer, la piscine, le projet de déplacement du boulodrome…
Une écrasante majorité des personnes rencontrées ne connait pas les projets de la mairie pour l’aménagement de la ville. Ici, le bouche à oreille fonctionne mieux que l’écrit. Ils regrettent que les élus ne viennent pas en personne leur en parler et les Nous avons découvert dans ce quartier des trésors d’énergie et de solidarité ; les professionnels peuvent s’appuyer sur des « familles ressource », des « grands frères » qui se préoccupent de la vie sociale et maintiennent l’esprit de quartier ; c’est ce qui permet de faire face à des situations parfois explosives ; c’est ce qui fait que, malgré les difficultés, il fait bon vivre à St Eloi. Il faut que les élus entendent que la solidité de ce réseau se constitue dans la confiance et dans la durée.
Cela nécessite la stabilité des personnels engagés et leur soutien, mais aussi des habitants concernés.

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