Archives de catégorie : Pédagogie & Désintox

L’heure de la souveraineté

Les élections se suivent et se ressemblent. À chaque fois, un nouvel élu, censé représenter le changement, incarne surtout la liquidation du précédent.

L’élection de 2017 est, cela étant, originale en ce sens qu’au lieu de remplacer un des deux grands partis par l’autre, elle fusionne les deux au travers du nouveau Président. Cela clarifie au moins un enjeu. Mais la fusion de deux rejets crée-t-elle une nouveauté ? Certes, le mot « renouveau » a été au cœur de la dernière présidentielle, mais la force du mot ne crée pas automatiquement la dynamique pour la solution nécessaire.

On peut, bien sûr, analyser les résultats électoraux, en déduire comme d’ordinaire les rapports de force à venir et les possibilités pour chaque parti ou groupe d’accéder au pouvoir. On peut considérer qu’il faut donner toutes ses chances au nouveau Président. Toutes ces interrogations sont naturelles et intéressantes, mais ne font-elles pas l’impasse sur les questions principales ?

La légitimité :

Certes, l’onction du scrutin présidentiel confère au chef de l’Etat l’autorité pour agir. Mais en a-t-il vraiment la légitimité ? Et pour mettre en œuvre quelle politique ? Outre la faiblesse de son résultat du premier tour (18,3% des inscrits) et l’ambiguïté du deuxième tour, l’absence de réels débats de fond dans une campagne présidentielle parasitée par les affaires et rythmée par l’incessant tintamarre des sondages, ne permettent pas de donner un fondement solide et une force démocratique à sa politique.

Le fractionnement inédit des votes du premier tour, éclatés en 4 blocs autour de 20%, voire cinq si on ajoute un bloc votes blancs/abstentions, laisse entendre que les électeurs n’ont été réellement convaincus par personne et que leur vote est, sur un fond de confusion, un mélange d’interrogation et de rejet, d’envie de changement et de besoin de se rassurer. Peut-on bâtir un pouvoir solide sur de telles bases ? Notons que cette question aurait été posée à n’importe lequel des élus si l’ordre du carré de tête avait été différent.

N’atteignons-nous pas ici les limites de nos institutions ? Voilà longtemps que la question des institutions est posée sans être prise au sérieux dans la totalité de ses implications. Si le caractère anti-démocratique de l’élection présidentielle est posé depuis longtemps (personnalisation, embrigadement des électeurs dans les écuries électorales, etc.), peut-on continuer à exiger du peuple qu’il remette son sort entre les mains d’une personne seule même si celle-ci prétend être la dernière de la lignée présidentielle ? N’est-il pas temps d’affronter la réalité qui émane des résultats eux-mêmes depuis 30 ans : la solution ne peut pas venir d’une trajectoire individuelle ; elle ne peut émaner que de la collectivité des citoyens.

Il ne s’agit donc pas de chercher à remporter des victoires dans une compétition avilissante et structurellement défavorable à l’organisation du débat républicain, mais de susciter et d’accompagner un mouvement de reconstruction du corps social, de la communauté politique des citoyens, aujourd’hui traversée de tensions, fracturée, et de ce fait incapable de décider sereinement de son avenir. C’est de cette communauté politique retrouvée que pourra réémerger un nouveau contrat social après un débat libre et raisonné.

La légitimité du pouvoir d’Etat, aujourd’hui fragilisée par les déformations du scrutin présidentiel, doit être retrouvée dans la prise de conscience des citoyens quant à leur rôle et à leur pouvoir : celui de souverain. Le peuple n’a pas besoin de guides. D’ailleurs il les rejette régulièrement, obstinément, les choisit (puisqu’il le faut bien) avant de les repousser puisque c’est la seule manière de s’en débarrasser.

C’est au niveau le plus déconcentré que peut se réaffirmer le citoyen, dans les communes et dans les quartiers, dans les associations civiques. La légitimité procède donc, dans cette vision, du bas vers le haut. Elle n’empêche pas alors la force de l’Etat qui en émerge, mais lui donne au contraire toute sa puissance. En effet, le peuple n’est pas une multitude, mais un rassemblement autour de l’intérêt général, donnant à la collectivité la légitimité nécessaire à l’action. C’est à recréer cette légitimité qu’il convient de s’atteler maintenant.

Les enjeux :

Le débat présidentiel a été non seulement réducteur, mais a globalement ignoré les enjeux principaux. Peut-il en être autrement puisque la parole vient du sommet qui sélectionne, aidé en cela par la presse, les questions auxquelles le citoyen a accès ?

L’intérêt général est dilué dans des discours comptables simplistes. L’intérêt national est soit marginalisé par des discours manichéens sur la mondialisation ou la question européenne, soit caricaturé par son assimilation au discours xénophobe du Front national. De ce fait, le peuple, pourtant constitutionnellement souverain, n’est plus considéré que comme un acteur d’opérette. La reconstitution du peuple français comme communauté politique sous la bannière des Droits de l’homme et du citoyen est pourtant un objectif fondamental dans un monde en profonde mutation, aux contradictions et aux alliances changeantes.

Il est grand temps de lier la reconstruction de la démocratie, et du peuple dont elle est un bien public, à la réaffirmation de l’intérêt général. Cet enjeu n’appartient à personne mais appartient à tous : c’est donc avec conviction, mais modestie, qu’il faut accompagner le peuple dans la recherche de lui-même, dans la quête de sa souveraineté retrouvée.

Le monde est en crise, la société française se délite. La souveraineté populaire, qui n’est que l’autre nom de la démocratie, est la clef face à une crise de régime sans précédent depuis longtemps. Sachons l’affirmer avant qu’il ne soit trop tard.

André Bellon et Anne-Cécile Robert

Auteurs de « Un totalitarisme tranquille » et « Le peuple inattendu »

Nous vous conseillons les liens suivants :

=> http://www.pouruneconstituante.fr/

ainsi que le court article de Marc Mangenot sur le mon diplomatique (petit retour en arrière / 2001 déjà !)
=> https://www.monde-diplomatique.fr/2001/03/MANGENOT/6152

Le Collectif Citoyen du Grand RODEZ

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Ode à ma strate !

 Quelle est belle, déterminée, choyée et irremplaçable tant, que dans son miroir notre édile se sublime. Mais ignorée, tourmentée, manipulée quand son miroir déforme un si noble profil.

En Occitanie dans la state 20 000 à 49 999 habitants (population totale au 1 janvier 2015) il y a 16 communes concernées, 10 en Midi-Pyrénées (en ordre décroissant : Tarbes, Castres, Colomiers, Rodez, Tournefeuille,  Auch, Millau, Muret, Blagnac, Cahors ), 6 en Languedoc-Roussillon (en ordre décroissant : Carcassonne, Sète, Alès, Lunel, Agde, Frontignan). C’est récurrent et hautement puéril de présenter des résultats hors de ce contexte pour se situer en « leader maximo » de la gestion municipale. C’est facile, on prend Rodez en tête de l’échantillon puis on décline derrière les communes les moins bien situées (en + ou en – suivant les indicateurs) avec cette astuce risible Rodez ne peut être que la mieux placée.

Le dernier bulletin municipal est du même acabit que les précédents. A noter l’absence persistante des communes de la Haute Garonne, le fait qu’elles soient, toutes ou en partie mieux placées, signifie que Rodez n’est certainement pour rien dans cette situation ?!. Comme pour l’Agglo, on fait modeste avec seulement 2 indicateurs : la Capacité d’Autofinancement et l’Encours de la dette en euros par habitant.

La Capacité d’Autofinancement (ou Épargne brute ) représente l’excédent résultant du fonctionnement. Elles est calculée par différence entre les produits réels de fonctionnement et les charges réelles de fonctionnement. Elle permet notamment de faire face au remboursement de la dette en capital et de financer tout ou partie de l’investissement. Pour 2015 : 16 communes (évidemment moins bien placées que Rodez ) ont été retenues : 4 sont au-dessus de la strate, 1 en dessous de la strate, 1 dans la strate mais hors Occitanie,  au final il ne reste que 6 communes sur 16 de la strate. Parmi les communes écartées nous avons Blagnac avec 510 euros et Agde 341 euros qui sont mieux placées que Rodez. L’échantillon va de 12 967 à 74 495 habitants.

L’Encours de la dette est constituée des emprunts et dettes à long et moyen terme restants dus au 31 décembre. On retrouve 16 communes mais pas tout à fait les mêmes : 2 communes du premier indicateur disparaissent et 2 nouvelles apparaissent, la commune hors Occitanie est toujours présente. Ce qu’il ne faut pas faire pour rester le « leader maximo » ! Au final nous avons 6 communes hors de la strate. Comme d’habitude les 4 communes de la Haute Garonne sont absentes, sans doute un pur hasard car elles sont toutes mieux placées que Rodez. L’échantillon va de 21 193 à 150 019 habitants.

Le fait que l’on retienne 16 communes, le même nombre que les communes de la strate n’est sans doute pas fortuit, il ajoute encore à la confusion.

Michel BOUCHET

magic

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ÉCOLES DE RODEZ : QUI PENSE-T-ON TROMPER ?

Dans le Journal de Rodez, comme dans la presse locale, impossible de rater la communication de la Ville sur l’école François Mitterrand à Bourran et la générosité des investissements municipaux au service de la réussite de nos enfants.
Alors, réfléchissons un peu sur ce qui se passe vraiment…

Magnifique, cette école : 200 places, une merveille d’architecture, ultra moderne, éco-vertueuse… Mais un gouffre financier. Bien sûr, il était temps de remplacer les préfabriqués de Calcomier, mais fallait il en faire tant ? Grâce à l’abandon de la carte scolaire, Rodez maintient à peine son effectif d’enfants scolarisés, en essayant d’attirer les enfants de l’Agglo. Mais là, nous voilà dotés d’au moins 50 places supplémentaires par rapport aux besoins actuels : dans quel objectif ? Par ailleurs, qui a été consulté sur l’adaptation de ce projet aux attentes des familles ? Nous aimons Rodez pour les charmes d’une petite ville à la campagne : sommes-nous d’accord pour abandonner les écoles de quartier, pour voir nos enfants jeunes concentrés dans des usines à enseigner très urbanisées, sans un arbre dans la cour, sans un brin d’herbe ? Gageons qu’à terme certains penseront avec nostalgie aux préfabriqués de leur « village».

Et pendant ce temps là, malgré cette extraordinaire augmentation du budget scolaire de la Ville dont on finira par vous convaincre, les écoles du centre sont soumises à toujours plus de restrictions qui, elles, dégradent les conditions d’apprentissage. Deux fermetures d’écoles coup sur coup et les établissements restant sont saturés : il faut ouvrir des classes au détriment des salles d’activité ; le plus souvent, les petits n’ont plus les moyens de manger ou de faire la sieste dans des conditions de confort suffisantes. Là, une soixantaine d’enfants ont dû se contenter pendant des années d’une seule toilette dans la cour ; la mise en accessibilité pour le handicap est régulièrement repoussée. On entretient un sous équipement chronique en matière informatique : à la rentrée dernière, enfin un tableau interactif par école (sauf maternelle) quand la plupart des communes de l’Agglo en sont à un par classe. Et, cerise sur le gâteau, cette année la Mairie a pensé nécessaire de réduire les dotations pour les classes découvertes… On appelle ça « les économies rendues nécessaires par la baisse des dotations de l’Etat ». Rodez doit être au bord de la faillite, et nous ne le savions pas ?
Mais ne faisons pas grise mine, on nous l’assure : « notre 1ère priorité : favoriser la réussite de tous nos enfants, dans tous les quartiers, dans les meilleures conditions. » Puisqu’on vous le dit !

Danielle ROGER

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Combarel Circus ou comment rater une consultation…

Un projet Eco quartier se décline en 3 phases: Signature de la Charte, Admission à la démarche nationale (après expertises), Obtention du label (après expertises). En 2015 il y a eu 24 admissions à la démarche et 7 labellisations. Entre 2012 et 2015 il y a eu 39 labellisations représentant 55 000 logements.
Le 12 février 2014, l’Agglomération a signé la Charte Eco quartier. Elle se décline en 4 dimensions et 20 engagements. Dans la dimension « Démarches et processus » l’engagement n° 2 est : «Formaliser et mettre en œuvre un processus de pilotage et une gouvernance élargie». Le dossier de labellisation fait état de 2 notions qui seront expertisées : 1 Pilotage du projet, 2 Association de la population et de la société civile/Concertation.
Le questionnaire conçu par la Municipalité rentre dans ce processus et sa page de garde explicite la démarche globale. Par rapport au texte disponible sur le site de l’Agglo, il manque le paragraphe suivant : « Nous sommes dans un processus de concertation. Il ne s’agit donc pas d’une simple information sur le projet….d’une simple consultation…d’un processus de codécision…. La concertation ne traite que du projet d’aménagement de Combarel et des thématiques précitées : aménagement extérieur du quartier, équipements collectifs et partagés, animation du quartier et vivre ensemble ».
En réalité le questionnaire ratisse plus large. Au lieu d’être clairement structuré par les 3 thématiques il se décline en 10 thèmes et 17 questions :
1- Aménagements extérieurs du quartier (pas explicité) avec Q1, Q2,
2- Lieux favorisant les interactivités Q3,
3- Espaces verts Q4,
4- Accessibilité pour tous Q5,
5- Tissu économique Q6,Q7,Q8
6- Services et Programmations des Equipements Publics et Privés Q9, Q10,
7- Numérique Q11,Q12, Q17
8- Vie des Quartiers et Solidarités Q13,Q14,
9- Patrimoine Q15,Q16,
10- Sensibilisation et Evaluation Q17.

Pas évident de les ventiler sur les 3 thématiques. De plus, nous avons de multiples redondances :
-Parking à vélo en Q1,Q2.
– Jardins Partagés en Q3,Q4 Q8,
-Télétravail en Q6,Q9,
-Café associatif en Q3,Q7,Q10,
-Forum internet en Q7,Q11 ,
-Site mobile Agglo bus en Q2,Q11,
-Association de quartier en Q3,Q13,
-Covoiturage en Q2,Q9…
Il y a très certainement une logique cachée.
Prenons les Jardins Partagés (déjà, où les mettre sur le site de Combarel ???) : 3 questions Q3, Q4, Q8 dans 3 thèmes différents 2, 3, 5 sur le même sujet. Ce serait pertinent d’attribuer la même cotation aux 3 questions… à condition d’avoir mémorisé ce que l’on a noté en page 4 et en page 5 quand on arrive à la page 8 ! Il y a un risque certain, étant donné le nombre de redondances, à ne pas attribuer la même cotation à la même question : si c’est le but recherché c’est très, très, fort !

Bonne chance à ceux qui voudront remplir le questionnaire, et à ceux qui auront à l’exploiter…
Quid de la pertinence et de la validité d’une telle démarche ?!

Michel BOUCHET

Pour en savoir plus : sur internet « dossier de labellisation des éco quartiers » 46 pages.

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